Carrare, au nord de la Toscane, est mondialement connue pour son marbre blanc issu des Alpes Apuanes. Visiter Carrare, c’est plonger dans une tradition vieille de plus de deux mille ans et s’immerger dans l’art. Depuis 2017, elle appartient au réseau des villes créatives de l’UNESCO dans la catégorie « artisanat et arts populaires ».
Entourée de montagnes blanches, Carrare séduit par ses quartiers pittoresques et son riche patrimoine culturel et artistique.
Je vous propose dans cet article de découvrir à pied les lieux emblématiques et les musées de cette cité du nord de l’Italie. Alors, suivez le guide !
Où se situe Carrare en Italie ?
Située à la frontière de la Ligurie, Carrare s’étend des plages de Marina di Carrara aux sommets des Alpes Apuanes. Le torrent Carrione la traverse, et Pise se trouve à seulement 56 km au sud.
Comment se rendre à Carrare et se déplacer ?
En avion, les aéroports les plus proches de Carrare sont Pise (Galileo Galilei), Florence (Amerigo Vespucci) et Gênes (Cristoforo Colombo).
En voiture, on y accède facilement par les autoroutes A12 (Genova-Livorno), A11 (Firenze-Pisa) et A15 (Parma-La Spezia).
En train, la gare Carrara-Avenza est desservie par des liaisons régionales ; des bus et taxis permettent ensuite de rejoindre le centre.
Où se garer à Carrare pour visiter la ville du marbre ?
On circule facilement dans cette commune d’à peine 60 000 habitants. Toutefois, notez que le centre historique est en zone à trafic limité (ZTL), surveillée par des caméras. Par conséquent, seuls les véhicules autorisés peuvent y entrer. Alors, levez les yeux et regardez bien les panneaux pour éviter les amendes.
Afin d’éviter toutes mauvaises surprises, je vous conseille de vous stationner dans les parkings situés en périphérie des ZTL d’où vous rejoignez le centre à pied en dix minutes environ :
– Piazza Giacomo Matteotti
– Piazza Due Giugno-Colombarotto
– Monterosso
– San Martino.
Vous pouvez également laisser votre véhicule dans les emplacements le long des rues. Ils sont délimités par un marquage bleu. Ces parkings sont payants.
En combien de temps visite-t-on Carrare ?
En une journée, il est possible de visiter le centre historique et les carrières, une expérience qui vous transporte dans des paysages spectaculaires. Deux jours permettent de profiter pleinement des musées et expositions, pour approfondir la connaissance de ce territoire peu connu.
Pour faciliter votre visite de Carrare, je vous propose une carte regroupant tous les lieux à découvrir en une demi-journée — ou davantage, selon vos envies. Je vous en parle plus en détail plus bas dans la page. Quant aux célèbres carrières de marbre, je les présente dans un autre article.
Aperçu historique
L’histoire de Carrare est indissociable de l’exploitation du marbre des Alpes Apuanes, utilisée depuis l’Antiquité. Les Romains développèrent cette activité et fondèrent le port de Luni, d’où les blocs partaient vers Rome.
Au Moyen-Âge, la ville fut gouvernée par les évêques de Luni, puis convoitée au XIIIe siècle par Pise, Florence, Gênes et les Visconti de Milan. En 1442, elle retrouva la paix avec son rattachement à la famille Malaspina de Massa, puis au duché de Modène jusqu’à l’unification italienne.
Quoi voir à Carrare ?
Visiter les lieux et monuments incontournables de Carrare
Il Duomo et la fontaine du géant
Le bourg médiéval s’est déployé autour du Duomo, autrement dit de la cathédrale, édifiée au XIe siècle et de sa place. Dédié à Saint-André-Apôtre, ce joyau d’origine romane est exceptionnel pour sa réalisation exclusivement en marbre.
Vous remarquerez d’ailleurs très vite, en sillonnant les rues du centre-ville, que ce matériau est partout omniprésent, des objets du quotidien aux monuments, des bancs publics aux sculptures exposées à ciel ouvert.
La rosace finement décorée, qui surmonte le portail de la façade de l’église, évoque avec ses rayons, la roue des chariots transportant dans la vallée les blocs de marbre. Elle représente le symbole de la ville dont la devise est « Ma force est dans la roue ».
Au passage, vous repérerez sur la place la maison dans laquelle Michel-Ange résidait quand il venait choisir la matière première qui a donné vie à ses innombrables chefs-d’œuvre.
La Rocca, le siège de l'Académie des Beaux-Arts
Cette forteresse construite au XIIe siècle, puis agrandie au XVIe par Albéric Cybo Malaspina faisait partie du système défensif comprenant également les châteaux de Moneta et d’Avenza, protégeant toute la vallée.
Aujourd’hui, elle est le siège de l’Accademia delle Belli Arti, une école internationale où sont enseignées toutes les disciplines artistiques.
C’est la duchesse de Massa, Marie-Thérèse Cybo-Malaspina, épouse du duc de Modène qui donna naissance à cette institution en 1769. Du Palazzo Rosso, sa première demeure, l’Académie des Beaux-Arts se déplaça, quelques décennies plus tard, dans l’ancienne résidence des princes Malaspina.
Bien que normalement fermée au public, vous pourrez toutefois pénétrer dans cet extraordinaire univers artistique, si vous en faites la demande. Vous y visiterez les appartements du prince et ses splendides fresques, ainsi que d’autres salles contenant diverses œuvres d’art.
Découvrir les plus belles places
La Piazza Alberica
Cette magnifique grande place, nommée en l’honneur du prince Albéric Ier Cybo Malaspina, incarne le renouveau urbain de la ville à partir de 1557. Située sur l’ancienne place du marché au bétail, elle est entourée de somptueuses demeures construites par les plus grands propriétaires de carrières et négociants en marbre, dont le Palazzo Del Medico et le Palazzo Diana delle Logge.
Au centre, la fontaine surmontée de la statue de la duchesse Marie-Béatrice d’Este rend hommage à la dernière souveraine de l’État indépendant de Massa-Carrare, annexé par la suite au duché de Modène et Reggio-Émilie.
La Piazza Antonio Gramsci
À côté de l’ancienne forteresse et du Palais Cybo Malaspina, les jardins du Prince, devenus jardins publics au XIXe siècle (la période où Carrare connut une autre révolution urbaine) garantissent une petite pause agréable sur les bancs en marbre, à l’ombre des arbres ou à la terrasse du Caffè Gramsci.
Ce bel espace vert est orné de plusieurs statues et d’une œuvre extraordinaire, réalisée en 1979 par le sculpteur américain Kenneth Davis : la Fontana della Palla Gallegiante. Cette fontaine met en scène une grande sphère en marbre maintenue en mouvement constant grâce à l’action de jets d’eau.
Par ailleurs, la statue d’Alberto Meschi attire l’attention et vous surprendra peut-être. En effet, elle commémore pour la première fois en Italie un anarchiste. À la tête de la Camera del Lavoro, ce syndicaliste s’est battu pour défendre les droits des carriers et améliorer leurs dures conditions de travail. À sa mort, la population de Carrare le remercia en faisant ériger ce monument.
Elle n’est en outre pas la seule à rappeler l’âme anarchiste de Carrare. Vous rencontrerez notamment, au gré de votre promenade, le Centre Culturel Anarchiste Goliardo Fisachi dans la Via Ulivi.
Piazza delle Erbe
Dans cette ancienne place de marché, on peut observer le Palazzo Diana, dont l’entrée est encadrée par deux colonnes ornées de sculptures représentant des Maures coiffés d’un coussin, ainsi que la maison natale du sculpteur Carlo Fontana, né en 1865.
Ce lieu fut également le théâtre, en juillet 1944, de la révolte des femmes de Carrare, qui s’opposèrent à la décision de l’occupant nazi de faire évacuer la cité. Pour rappeler ce moment historique, une fresque murale de 200 m représente Francesca Rolla, l’une des héroïnes de la résistance locale.
Flâner dans les rues pittoresques et insolites de la ville du marbre
Flâner dans les rues de Carrare, c’est respirer l’atmosphère unique d’une ville imprégnée de l’histoire du marbre. Vous y rencontrerez des ateliers de sculpteurs et d’artisans qui transforment ce matériau en objet du quotidien.
Les anciens quartiers médiévaux du centre historique ont beaucoup de charme avec leurs ruelles étroites et leurs maisons en pierre. Vous y ferez quelques découvertes insolites.
La Via Carriona
Cette artère a joué un rôle fondamental avant l’arrivée du chemin de fer pour acheminer les blocs de marbre dans la vallée. Imaginez-la avec ses chariots qui descendent du haut des carrières, chargés de ces énormes parallélépipèdes blancs et avec ses multiples ateliers d’artistes.
La Via Santa Maria
Bordée de beaux palais, elle représente l’une des rues les plus anciennes et caractéristiques. On raconte que Pétrarque, le grand poète italien du XIV siècle, aurait séjourné au n° 14. Vous pourrez y visiter la Chiesa del Carmine du XVIe.
Le Vicolo dell’Arancio
Cette venelle, très fleurie, est vraiment typique. Ce que je trouve intéressant, c’est l’implication des résidents à faire revivre ces vieux quartiers. En effet, elle fait partie d’un projet de revalorisation du cœur historique de Carrare, à l’initiative d’associations de locaux. Pour l’anecdote, cette ruelle, autrefois appelée Su d’Drèt en dialecte, était réputée pour ses maisons closes.
La Scalinata Monterosso
Cette rue en escalier expose une première dans l’art du Street Art : la première fresque murale multimédia peinte en Italie, intitulée Impollinèmesi. Cette œuvre, réalisée par l’artiste italien Marco Burresi alias Zed 1, vise à sensibiliser le visiteur au développement durable. Elle raconte la complexité du monde des abeilles et leur importance dans un écosystème fragile. Vous arriverez à la Chiesa del Suffragio, une belle église baroque construite en 1688 et restaurée en 1800.
Visiter les musées de Carrare
Le Carmi (Carrare et Michel-Ange)
La Villa Fabbricotti, bâtie en 1879 dans le Parc de la Padula, a appartenu à la riche famille Fabricotti, des négociants en marbre. Ce lieu historique retrace la vie, les séjours de Michel-Ange à Carrare et son lien avec le territoire et le marbre. Il propose également de nombreuses expositions temporaires.
En revanche, le vaste espace vert a trouvé sa vocation artistique avec l’inauguration en 2002 de la 11e Biennale de la sculpture. Il accueille des œuvres d’artistes comme Merz, Mainolfi, Morris et Parmiggiani.
Si vous n’êtes pas de bons marcheurs, je vous conseille de prendre votre véhicule pour arriver à ce musée, situé sur les hauteurs en dehors du centre. Laissez votre véhicule le long de la route un peu avant le site. Il est ouvert du mardi au dimanche aux horaires suivants :
Du 1er juin au 14 septembre de 9 h à 12 h et de 17 h 30 à 20 h. Du 15 septembre au 31 mai, de 9 h à 12 h et de 14 h à 16 h 30.
Le musée del Marmo, musée du marbre de la ville de Carrare
Dommage qu’il soit fermé actuellement pour travaux ! Ce musée, ouvert en 1982, met en lumière l’impact de l’exploitation du marbre sur la ville de Carrare et sur toute la province.
À sa réouverture, la visite de cet espace vous permettra de mieux comprendre l’histoire de Carrare et de ce patrimoine local unique. Il vous fera tout connaître sur cette roche calcaire des Alpes Apuanes, de ses méthodes d’extraction à sa transformation, depuis ses origines jusqu’à aujourd’hui.
Je vous propose, en attendant, de visiter le passionnant Museo del Lavoro e delle Tradizioni Popolari della Versilia Storica. Ce musée hébergé dans la Villa Medicis de Seravazza retrace la vie et les traditions de cette région d’Italie qui produit le marbre blanc de Carrare. Il se trouve à environ 30 km de Carrare.
Le Mudac, le musée des arts de Carrare
Ce musée des Arts contemporains est installé dans l’ancien couvent San Francesco, édifié au XVIIe siècle sous le règne de Charles Ier Cybo Malaspina. Plusieurs ordres religieux y ont résidé avant sa transformation en atelier de sculpture sous Napoléon. Il conserve essentiellement la collection municipale de Carrare et accueille régulièrement des expositions temporaires.
Il réunit les grandes créations artistiques produites à Carrare depuis l’après-guerre, notamment pour la Biennale de la sculpture en 1957, ainsi que lors des éditions suivantes, auxquelles ont participé des artistes internationaux tels David Tremlett, Augusto Perez, Jennis Kounellis, Cyprien Gaillard pour ne citer qu’eux.
Les horaires d’ouverture sont les suivants : du 1er juin au 14 septembre, du mardi au dimanche de 17 h à 21 h, avec une ouverture supplémentaire le mercredi et le jeudi de 9 h 30 à 12 h 30 ; du 15 septembre au 31 mai, du mardi au dimanche de 9 h à 12 h et de 14 h à 17 h.
Mes astuces et bons plans pour visiter les musées de Carrare :
Profitez de la gratuité des musées municipaux et du site archéologique di Fossacava le premier dimanche de chaque mois.
En visitant Carrare, vous croiserez de superbes palais qui illustrent la richesse de la bourgeoisie locale durant l’âge d’or de l’extraction du marbre.
Deux d’entre eux ouvrent leurs portes au public à l’occasion d’expositions ou d’évènements.
Découvrir les expositions dans les magnifiques palais Cucchiari et Binelli
Le palais Cucchiari
Cette élégante demeure, conçue en 1881 sur un projet de Leandro Caselli, doit son nom à la famille d’exploitants de marbre qui en fut propriétaire. À la suite de la grave crise du secteur du marbre en 1930, ayant entraîné la faillite de nombreuses entreprises, la propriété a été vendue.
La bâtisse abrite aujourd’hui le siège de la fondation Giorgio Conti, du nom d’un entrepreneur local opérant dans l’exploitation et la commercialisation du marbre. Alors que la façade de ce centre permanent d’expositions est sobre, l’intérieur est remarquable avec son bel escalier et sa rampe en fer forgé.
Vous pourrez y entrer à l’occasion d’une exposition, ce que j’ai fait. À l’affiche, le « Novecento a Carrara », une présentation de 120 créations artistiques, allant de la sculpture (pas uniquement en marbre) aux arts graphiques, réalisées principalement entre les deux guerres.
Le palais Binelli et son splendide jardin
Cet édifice est une autre réalisation de Leandro Caselli. Cet ingénieur a par ailleurs signé de nombreux projets à Carrare. Conçu en 1888 pour la famille Binelli, il a connu au fil du temps divers propriétaires et usages avant de retrouver sa splendeur suite à son acquisition par la Fondation de la Cassa di Risparmio di Carrara.
Il est possible de visiter le jardin lors d’expositions et d’évènements.
Visiter les ateliers Nicoli
Sur la place XXVII Aprile, un bâtiment avec sa splendide façade rouge attirera certainement votre attention avec toutes ces statues et ces blocs de marbre entassés sur le trottoir. Ce sont les ateliers Nicoli, fondés en 1876 par le sculpteur Carlo Nicoli. Ils se déplacèrent de la célèbre rue Corriona, dans ce quartier peu urbanisé, afin de disposer d’espaces plus vastes et de logements pour les artistes.
Vous pouvez les visiter du lundi au vendredi de 9 h à 12 h et de 13 h à 16 h en les contactant au préalable. En ce qui me concerne, je n’ai pas eu ce privilège, ayant profité du week-end pour sillonner dans Carrare.
Visiter Carrare, c’est également déguster la cuisine locale dans des trattorias traditionnelles.
Où manger la cuisine traditionnelle pendant votre visite de Carrare ?
Pour savourer les produits du terroir de cette région toscane, dont le lard IGP de Colonnata, je vous conseille ces trois restaurants :
– La tavernetta : cette trattoria à l’intérieur élégant, au n° 7 b de la Via Verdi affiche à son menu essentiellement des plats à base de poisson, concoctés par son propriétaire Franco Garbati. Vous pouvez prendre vos repas en terrasse ou à l’intérieur.
– Trattoria Roma, ce lieu historique, à deux pas du Teatro degli Animosi, sert depuis plus d’un siècle des plats issus de la cuisine toscane locale, le tout fait maison, dans un cadre d’antan.
– Osteria La Capinera, une autre référence dans le centre historique de Carrare. Une auberge accueillante, à l’atmosphère d’autrefois située Via G. Ulivi.
Quand on évoque Carrare, on pense immédiatement à ses célèbres carrières de marbre. Après avoir exploré le centre historique de cette cité toscane, ses places, ses palais, ses musées et ruelles chargées d’histoire, la visite des carrières s’impose.
Mon prochain article vous transportera donc au cœur des Alpes Apuanes. Vous y découvrirez des paysages grandioses et un savoir-faire transmis depuis plus de deux millénaires. C’est dans cette région que Michel-Ange venait sélectionner ses blocs de marbre.
Si vous souhaitez en savoir plus sur cette destination, n’hésitez pas à m’écrire ! Si cet article vous a plu, partagez-le et suivez mes prochaines publications.